Laurence Bernot
 
    Sculpteur céramiste, Laurence Bernot a quitté la région parisienne pour vivre en Bretagne, dans le Morbihan. Enfant déjà, j’aimais creuser le sable sur une plage bretonne, jusqu'à l’instant où je sentais sous mes doigts l’argile plastique, rendue rugueuse par les grains de sable qui s’y étaient mélangés. Je la modelais pour l’assouplir et lui donner forme.
En 1958, elle prépare le concours d’entrée de l’école des Métiers d’Art « section céramique décorative » à l’académie Charpentier. Reçue et grâce au professionnalisme rigoureux de Pierre Fouquet, elle acquiert un enseignement académique et technique qui lui permet de maîtriser le dessin et d’avoir de solides bases techniques dans la fabrication des terres et des émaux.1
En 1966 à la naissance de son second enfant, Laurence monte un atelier dans la cave de son pavillon dans le Val de Marne. Ce fut un temps de recherche, d’expérience, de découverte des multiples moyens d’expression qu’offrait le façonnage de l’argile, mais aussi, de touche à tout : création de pièces uniques, commandes, animation d’atelier d’ados, participation à des expositions2
Elle aime transmettre, en volume, une émotion, un imaginaire à travers les instantanés de la vie de tous les jours. C’est alors qu’elle rencontre une voisine céramiste ; nous avions les mêmes contraintes familiales et partagions la même passion. Nos échanges critiques nous ont permis de progresser chacune dans notre création. Ensemble, elles montent une exposition à Créteil, grâce à la politique de mécénat de la société Pernod. Laurence réalise en faïence, 30 pièces sur le thème du couple.3 4
La réussite de cette exposition, les échanges très profonds avec le public, m’ont fait prendre conscience de mon identité d’artiste. En parallèle, Laurence était engagée dans la catéchèse et au service diocésain d’audio visuel. Il me semblait que ces deux lieux pouvaient se rencontrer : l’art et la foi. Pourtant ses recherches restent séparées et solitaires. Ayant l’impression d’être incomprise en Eglise, elle entend les plaisanteries des artistes. Ce fut le hasard ou la providence, qui lui permirent d’entendre une information sur la création d’une nouvelle discipline à la faculté de théologie de Paris, l’Institut des Arts Sacrés. Le diocèse de Créteil l’aida dans le financement de ses études qui devaient s’achever en deux ans, avec la soutenance d’un mémoire.. Ce fut un grand bonheur de partager mes questionnements, d’acquérir de nouvelles connaissances, de donner corps à ce qui était « intuition »
Pour son mémoire, Laurence réalise un chemin de croix en terre cuite enfumée, pour une église de Créteil : St Pierre du lac. Ayant abordé la théologie de Urs von Balthazar Hans J’avais le désir de faire apparaître la gloire et la croix. Ce fut un travail éprouvant où, foi, émotion, intuition et raison devaient cohabiter 5.
 Depuis, sa création est comme imprégnée du passage de la mort à la vie, il n’y a plus de barrières entre le profane et le religieux.
 Laurence entreprend alors, des projets plus vastes où l’espace devient partenaire et où l’argile n’est plus son seul matériau. Le travail avec les artisans ébéniste, ferronnier, fondeur, l’ouvre à de nouvelles créations.6 7 La collaboration avec sa fille, artiste plasticienne, provoque parfois des remises en questions, mais toujours au profit d’un enrichissement. Ce fut ainsi que l’installation exposée en Italie dans le jubé de la cathédrale de Vérone fut une belle et grande nouveauté. J’avais quartier libre pour représenter Pâques, du temps de la Passion jusqu’à la Pentecôte. Chaque visiteur emprunta le chemin de la Passion par le chemin de Marie Madeleine, à travers un labyrinthe en voilage, habité de peintures et de sculptures.8 9
 
La commande de l’ange musicien fit entrer Laurence, dans un nouvel univers : La musique, la puissance de l’instrument, la rencontre des deux organistes Jean Michel Dieuaide et Fernand Briaud, celle des facteurs d’orgue, furent révélatrices. L’orgue, erratique prend vie sous le jeux talentueux de l’organiste. Je fus envahie par ses vibrations qui me donnaient une vision nouvelle de l’espace.
Elle l’a retransmis en faisant surgir l’ange des profondeurs de l’orgue. Ce messager ne s’est pas contenté de descendre du ciel, mais il est entré dans l’univers musical, s’imprégnant de sa force, de sa couleur, de ses notes suspendues. 10
Depuis, dans ses nouvelles créations, la mort et la résurrection prennent une résonance musicale.
 

1 Vierge d’inspiration romane, grès cuisson à bois 1961
2 Noces de raphia, lauréate de la biennale de céramique de Sarreguemines 1996
3 Rapport de forces bronze fonderie Landowski 1988
 
4 Genèse faïence 1988
5 La quinzième station Faïence 1999 chemin de croix édité par Desclée de Brouwer sous le titre Il entra librement dans sa Passion. 2002
6 Création de l’ambon ,la croix, le chandelier et le tabernacle de l’Abbaye de Ligugé réalisation de Jean Baptiste Chapuis ébéniste 2003
 
7 Arradon Morbihan Réaménagement de la Chapelle de l’ U.C.O. Création de l’espace et du mobilier : Tabernacle, autel, ambon, chaise de présidence. Fresque Anne Bernot, ferronnier Philippe Pauley. 2004
 
8 Vérone Italie installation dans le jubé de la cathédrale « par le chemin de Marie Madeleine » 2004
 
9 Vérone Italie installation dans le jubé de la cathédrale Mort du Christ
 
10 Monolithe faïence enfumée 2006
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
7 éditions. Dernier : 15/08/2015 | 18:15:20
Bat ©2008-2016 v1.3